En bref

Apprendre à apprendre, c’est découvrir comment la mémoire fonctionne et choisir des méthodes de travail dont la recherche a montré l’intérêt, plutôt que de relire ses cours en espérant que ça rentre. Que vous soyez parent d’un enfant qui peine, étudiant ou adulte en formation, la bonne nouvelle est que ces méthodes s’apprennent, qu’elles coûtent peu et qu’elles ne demandent aucun matériel.

Apprendre à apprendre — Apprendre à apprendre, c’est développer sa métacognition : la capacité de prendre conscience de la façon dont on apprend, de la piloter et de l’ajuster.

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Apprendre à apprendre, c’est découvrir comment la mémoire fonctionne et choisir des méthodes de travail dont la recherche a montré l’intérêt, plutôt que de relire ses cours en espérant que ça rentre. Que vous soyez parent d’un enfant qui peine, étudiant ou adulte en formation, la bonne nouvelle est que ces méthodes s’apprennent, qu’elles coûtent peu et qu’elles ne demandent aucun matériel.

Cet article fait le point sans promesse magique : ce que signifie apprendre à apprendre, les 6 stratégies les mieux soutenues par la recherche, une semaine type pour les appliquer et les limites des preuves. Vous saurez comment apprendre plus efficacement, et ce que ces études ne permettent pas de promettre.

Qu’est-ce qu’apprendre à apprendre ?

Apprendre à apprendre, c’est développer sa métacognition : la capacité de prendre conscience de la façon dont on apprend, de la piloter et de l’ajuster. Le Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN) la décrit comme l’ensemble des processus qui contrôlent et évaluent la cognition : réguler son attention, corriger ses erreurs, choisir une stratégie adaptée.

Concrètement, cela revient à se poser trois questions avant, pendant et après le travail. Avant : que dois-je savoir à la fin, et comment vais-je m’y prendre ? Pendant : est-ce que je comprends vraiment, ou est-ce que je fais semblant ? Après : qu’est-ce qui a marché, qu’est-ce que je change la prochaine fois ?

L’Education Endowment Foundation (EEF), organisme britannique qui synthétise les travaux en éducation, range ces approches (planifier, suivre et évaluer son apprentissage) parmi celles dont l’impact moyen est élevé pour un coût très faible : environ 8 mois de progrès supplémentaires en moyenne, un chiffre issu d’un grand nombre d’études et qui varie beaucoup selon les contextes. Les stratégies ci-dessous sont les outils ; la métacognition consiste à savoir quand et pourquoi les utiliser pour apprendre à apprendre.

Quelles sont les 6 stratégies pour apprendre à apprendre ?

Six stratégies reviennent dans la recherche en psychologie cognitive : espacer ses révisions, mélanger les types d’exercices, se tester, s’expliquer les choses, prendre des exemples concrets et associer mots et images. Une synthèse publiée en 2018 par Weinstein, Madan et Sumeracki les présente comme soutenues par des décennies de travaux, avec des exemples d’application en classe.

Toutes demandent un effort mental et paraissent donc moins confortables que relire : les chercheurs parlent de « difficultés désirables ». Si une méthode vous semble plus dure, ce n’est pas un signe d’échec.

1. Espacer ses révisions plutôt que tout concentrer la veille

Espacer ses révisions consiste à répartir les séances de travail sur plusieurs jours ou semaines plutôt que de tout faire en une fois. Une méta-analyse de Cepeda et collègues (2006), qui a réuni 839 mesures issues de 317 expériences, montre que l’intervalle le plus utile entre deux séances dépend de la durée pendant laquelle on veut retenir : plus l’échéance est lointaine, plus l’écart optimal est grand.

En pratique, relisez ou refaites un exercice le lendemain, puis quelques jours plus tard, puis une semaine après, plutôt que trois fois d’affilée. Les auteurs de la synthèse de 2018 notent toutefois que l’intervalle idéal n’est pas simple à appliquer en classe : retenez surtout l’idée de revenir plusieurs fois sur un même contenu, avec des pauses entre les séances.

2. Se tester : la pratique de rappel

Se tester, c’est essayer de retrouver une information de tête sans regarder le cours, puis vérifier. Dans une étude classique de Roediger et Karpicke (2006), des étudiants qui avaient étudié un texte puis passé des tests de rappel retenaient nettement mieux, deux jours et une semaine plus tard, que ceux qui avaient relu le même texte, alors même que les relecteurs se sentaient plus sûrs d’eux.

Un test immédiat, cinq minutes après, donnait en revanche l’avantage à la relecture : se tester paie surtout à moyen terme. Pour appliquer : fermez le cahier, écrivez tout ce dont vous vous souvenez, puis comparez. Faites-le sans enjeu : la synthèse de 2018 recommande des tests à faible pression, car le stress peut réduire le bénéfice, et une correction quand le rappel réussit peu.

3. Mélanger les types d’exercices (entrelacement)

Mélanger les types d’exercices, c’est alterner plusieurs sortes de problèmes dans une même séance au lieu d’en enchaîner vingt du même type. Une méta-analyse de Brunmair et Richter (2019), portant sur 59 études, trouve un effet modéré en faveur de cette alternance (g = 0,42), surtout pour des matériaux visuels et, de façon plus modeste, pour des tâches de mathématiques.

L’effet n’est pas universel : les résultats sont ambigus pour les textes, et l’apprentissage de listes de mots est plutôt meilleur en séquences regroupées. Mélangez donc des exercices voisins mais différents (par exemple des additions, des soustractions et des problèmes à étapes), pas des matières sans rapport entre elles : la synthèse de 2018 signale qu’alterner des disciplines sans lien n’a pas de soutien empirique.

4. S’expliquer à soi-même : le « pourquoi » et le « comment »

S’expliquer les choses, c’est relier ce qu’on apprend à ce qu’on sait déjà, en se demandant pourquoi c’est vrai et comment cela fonctionne. Cette stratégie, appelée élaboration, est jugée prometteuse par Dunlosky et collègues (2013), qui lui attribuent une utilité modérée, car elle a surtout été testée en laboratoire et peu en situation scolaire réelle.

Par exemple, devant une règle de grammaire ou une étape de calcul, dites à voix haute pourquoi on fait ainsi. Puis vérifiez avec votre manuel ou votre enseignant, car une explication fausse peut renforcer une erreur. L’exercice prend du temps : réservez-le aux notions importantes ou difficiles.

5. Passer par des exemples concrets

Passer par des exemples concrets, c’est illustrer une idée abstraite par une ou plusieurs situations réelles, ce qui aide à la comprendre et à s’en souvenir. D’après la synthèse de 2018, plusieurs exemples dont les détails de surface diffèrent favorisent mieux le transfert à une situation nouvelle qu’un exemple unique (travaux de Gick et Holyoak, 1983).

Quand vous apprenez une notion (la proportionnalité, un mécanisme biologique, un concept de gestion), cherchez deux ou trois situations différentes où elle s’applique, puis dites ce qu’elles ont en commun. Gardez des exemples pertinents : les auteurs préviennent que des détails amusants mais hors sujet peuvent nuire à l’apprentissage de l’essentiel.

6. Associer mots et images (double codage)

Associer mots et images, c’est accompagner un texte d’un schéma, d’un dessin ou d’une frise que l’on construit soi-même. L’idée, issue des travaux de Paivio, est qu’une information stockée sous deux formes, verbale et visuelle, offre deux chemins pour la retrouver.

Faites un schéma simple de ce que vous venez de lire, sans copier le cours. La synthèse de 2018 souligne que l’image doit être claire et utile : des illustrations très chargées ont donné de moins bons résultats que l’absence d’image dans une étude citée, parce que les détails distraient. Pour organiser vos idées, une carte mentale est un bon format.

Ne confondez pas avec les « styles d’apprentissage » (élève « visuel » ou « auditif ») : les expériences citées n’ont pas confirmé cette idée.

Relire et surligner : pourquoi ces méthodes sont-elles moins efficaces ?

Relire et surligner sont jugés peu utiles parce qu’ils donnent une impression de maîtrise sans forcer la mémoire à travailler. Dunlosky et ses collègues (2013) ont examiné dix techniques : ils attribuent une utilité élevée à la pratique de rappel et à l’espacement, modérée à l’auto-explication, à l’interrogation élaborative et à l’entrelacement, et faible à cinq techniques, dont le surlignage et la relecture.

La lecture sert à comprendre, mais elle devrait n’être qu’une première étape, suivie de rappel et d’espacement. Le piège est celui de la familiarité : un texte relu cinq fois paraît connu, et on confond « je reconnais » avec « je sais le retrouver ». C’est ce que montre l’étude de Roediger et Karpicke, où la confiance des étudiants allait à l’opposé de leurs résultats à distance.

Comment appliquer ces stratégies au quotidien ?

Pour appliquer ces stratégies au quotidien, prévoyez des séances courtes de 20 à 30 minutes réparties sur plusieurs jours, avec un temps de rappel à chaque fois. Ce plan pour apprendre à apprendre est une suggestion pratique construite à partir des principes ci-dessus, pas un protocole validé par une étude.

  • Jour 1 (apprentissage) : lisez ou écoutez le contenu, puis faites un schéma ou une carte de ce qu’il contient. Notez une question sur ce que vous n’avez pas compris.

  • Jour 2 (rappel) : sans regarder, écrivez ce dont vous vous souvenez, puis corrigez avec le cours. Soulignez ce qui manquait.

  • Jour 4 (espacement) : refaites un rappel sur ce qui manquait, et ajoutez deux ou trois exercices variés, mélangés.

  • Jour 7 (bilan) : testez-vous à nouveau, expliquez à voix haute une notion à quelqu’un, et notez ce qui a marché.

Le bilan de fin de semaine est la partie métacognitive : quelle méthode m’a demandé le plus d’effort ? Où ai-je cru savoir sans savoir ? Le CSEN recommande d’ailleurs de présenter les erreurs comme des étapes normales de l’apprentissage et de vérifier ce que l’on a consolidé après coup. Ces réflexes servent aussi à améliorer sa mémoire au quotidien.

Comment aider un enfant à apprendre à apprendre ?

Pour aider un enfant à apprendre à apprendre, montrez-lui une méthode à la fois, sur une leçon réelle, et laissez-le essayer seul avec des questions plutôt qu’avec des réponses. La plupart des études citées portent sur des élèves plus âgés ou des étudiants : chez les plus jeunes, adaptez avec prudence.

  • Dès 7–8 ans : proposez un mini-quiz oral sur la leçon du jour (« Qu’est-ce que tu as appris ? Pourquoi ? »), puis un second le surlendemain. C’est une forme simple de rappel et d’espacement.

  • Sur les devoirs : posez des questions plutôt que de donner les réponses, et laissez-le refaire seul l’exercice le lendemain.

Valorisez l’effort et la stratégie plutôt que la note : « Tu as essayé deux méthodes, laquelle t’a aidé ? » Le CSEN relie la confiance en soi à la régulation métacognitive.

Ce que la recherche permet de dire sur l’apprentissage

Sur apprendre à apprendre, la recherche permet de dire que le rappel espacé et le fait de se tester améliorent la rétention à moyen terme dans de nombreuses situations, et que des approches métacognitives sont associées à des progrès scolaires en moyenne.

  • Rappel et espacement : utilité jugée élevée par Dunlosky et al. (2013), avec des bénéfices chez des apprenants d’âges et de niveaux variés.

  • Se tester : avantage net à une semaine sur la relecture (Roediger et Karpicke, 2006).

  • Entrelacement : effet moyen modéré, variable selon la matière (Brunmair et Richter, 2019).

  • Métacognition : niveau de preuve jugé élevé par l’EEF, pour environ 8 mois de progrès supplémentaires en moyenne.

Ce sont des résultats moyens : ils décrivent des groupes, et apprendre à apprendre ne garantit pas la réussite de chaque personne.

Quelles sont les limites des preuves ?

Les preuves ont quatre limites : beaucoup d’études ont lieu en laboratoire, avec des textes courts et des tests peu de temps après ; elles portent surtout sur des étudiants ; l’intervalle idéal varie ; et aucune ne promet un gain d’intelligence.

Dunlosky et collègues soulignent eux-mêmes que l’auto-explication et l’interrogation élaborative n’ont pas été assez évaluées dans des contextes scolaires réels. La synthèse de 2018 relève que le transfert du rappel à de nouvelles situations est débattu, et que l’application à la classe de l’intervalle optimal reste floue.

Enfin, l’EEF note qu’une part importante des études sur la métacognition n’a pas été évaluée de façon indépendante. Pour apprendre à apprendre, retenez ces conseils comme des pistes solides à tester sur vous-même, pas comme des garanties.

Chiffres clés

FAQ

Comment apprendre plus efficacement ?

Pour savoir comment apprendre plus efficacement, alternez lecture et rappel : lisez, fermez le cours, essayez de tout retrouver, puis vérifiez, et recommencez à plusieurs jours d’intervalle. Cette combinaison est celle que les revues citées ici soutiennent le mieux.

Combien de temps faut-il réviser chaque jour ?

Des séances de 20 à 30 minutes, répétées sur plusieurs jours, sont une base raisonnable, mais il n’existe pas de durée universelle prouvée. Adaptez-les à l’âge, à la fatigue et à la difficulté du contenu.

Les styles d’apprentissage (visuel, auditif) existent-ils ?

Non : l’idée qu’on apprend mieux avec sa modalité préférée (visuelle ou auditive) n’a pas été confirmée par les expériences citées dans la synthèse de 2018. Utiliser images et mots ensemble peut en revanche aider tout le monde.

À quel âge peut-on apprendre à apprendre ?

On peut commencer dès l’enfance avec des gestes simples (se raconter la leçon, se poser des questions, expliquer à quelqu’un), même si les études portent surtout sur des élèves plus âgés et des étudiants. Ajustez donc les méthodes pour les petits.

Relire son cours ne sert-il à rien ?

Si, relire aide à comprendre une première fois. Mais seule, la relecture est jugée peu efficace pour retenir sur la durée ; mieux vaut la faire suivre d’un test sans le cours sous les yeux.

Sources

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