La flexibilité cognitive est la capacité à changer de façon de penser quand la situation change : abandonner une stratégie qui ne marche plus, passer d’une tâche à l’autre, regarder un problème sous un autre angle. L’article précise ce que la recherche permet vraiment de dire sur son entraînement et propose huit jeux et exercices simples.
Flexibilité cognitive — La flexibilité cognitive est la capacité de passer volontairement d’un processus mental à un autre pour répondre de façon adaptée à ce qui change.
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La flexibilité cognitive, c’est la capacité à changer de façon de penser quand la situation change : abandonner une stratégie qui ne marche plus, passer d’une tâche à l’autre, regarder un problème sous un autre angle. On parle aussi de flexibilité mentale, et de rigidité cognitive quand cette souplesse manque. Cet article explique ce que c’est, comment elle se développe, ce que la recherche permet vraiment de dire sur son entraînement, puis propose 8 jeux et exercices simples, pour un enfant, pour vous ou pour un proche âgé.
Le fil rouge : cette souplesse se travaille par la pratique, mais sans promesse magique. Les études montrent surtout des progrès sur ce que l’on s’entraîne à faire, et beaucoup moins sur le reste.
Flexibilité cognitive : de quoi parle-t-on exactement ?
La flexibilité cognitive est la capacité de passer volontairement d’un processus mental à un autre pour répondre de façon adaptée à ce qui change. Une revue de neuro-imagerie la définit comme la facilité avec laquelle on peut basculer sélectivement entre des processus mentaux afin de produire des réponses appropriées (Dajani et Uddin, 2015).
Elle fait partie des fonctions exécutives, les fonctions qui servent de « chef d’orchestre » des autres fonctions cognitives. Les spécialistes en distinguent trois principales : l’inhibition (résister à une impulsion), la mémoire de travail (garder une information en tête pour s’en servir) et la flexibilité cognitive. Diamond (2013) y inclut le fait de penser « hors du cadre », de voir une chose sous plusieurs perspectives et de s’adapter vite à des circonstances modifiées. Miyake et ses collègues (2000) ont montré chez 137 étudiants que ces trois fonctions sont modérément liées mais bien séparables.
Un exemple du quotidien : votre trajet habituel est coupé par des travaux. La flexibilité cognitive, c’est ce qui vous permet de renoncer au réflexe, de chercher un autre chemin et de vous y tenir sans vous énerver. Pour une vue d’ensemble sur la relation entre fonctions cognitives et fonctions exécutives, voir la question de la FAQ plus bas.
Comment la flexibilité cognitive se développe-t-elle selon l’âge ?
La flexibilité cognitive apparaît très tôt, se développe fortement pendant les années de maternelle, puis continue de mûrir jusqu’à l’adolescence. Le dossier documentaire de l’Inserm sur les fonctions cognitives décrit une épreuve classique : on demande à l’enfant de trier des cartes selon une règle (la couleur), puis de changer de règle (la forme). Vers 3 ans, la plupart des enfants s’accrochent à la première règle ; vers 4–5 ans, ils savent généralement changer. Entre 7 et 15 ans, la fonction poursuit sa maturation.
Cela veut dire qu’un enfant de 3 ans qui « s’entête » ne fait pas forcément un caprice : il a parfois réellement du mal à lâcher une règle. Cela veut dire aussi que les exigences doivent rester adaptées à l’âge.
À l’âge adulte, la flexibilité cognitive reste sensible à l’état général. Diamond (2013) rappelle que le stress, le manque de sommeil, la solitude ou le manque d’exercice physique altèrent chacun les fonctions exécutives. Nous n’avons pas trouvé de source solide chiffrant précisément son évolution avec l’âge, nous ne l’affirmons donc pas ici.
Qu’est-ce que la rigidité cognitive ?
La rigidité cognitive désigne la difficulté à changer de point de vue, de règle ou de stratégie malgré des signaux que la situation a changé : on persévère dans une méthode qui ne marche pas, on supporte mal l’imprévu, on revient toujours à la même solution. C’est le contraire d’une pensée souple.
Ce n’est pas un diagnostic en soi. Tout le monde est plus rigide quand il est fatigué, stressé ou pressé, et un enfant de 3 ans l’est naturellement davantage qu’un enfant de 7 ans. Une difficulté marquée et durable mérite donc d’être regardée avec un professionnel (voir plus bas).
À ne pas confondre avec la flexibilité psychologique, notion plus large qui inclut les émotions et les valeurs personnelles (Kashdan et Rottenberg, 2010). Elle est abordée dans la FAQ.
Peut-on entraîner la flexibilité cognitive ? Ce que la recherche permet de dire
Oui, on peut s’entraîner à être plus flexible, mais les gains observés concernent surtout les tâches proches de celles que l’on a pratiquées. C’est le message principal des études et des revues, à tout âge.
Une étude allemande a suivi trois groupes (8–10 ans, 18–26 ans et 62–76 ans) qui s’entraînaient à alterner entre deux tâches. Dans les trois groupes, les participants progressaient sur des tâches similaires à l’entraînement, surtout les enfants et les seniors. Les auteurs rapportent aussi des transferts vers d’autres tâches exécutives et vers un test d’intelligence fluide (Karbach et Kray, 2009). C’est un résultat encourageant, mais une étude isolée, avec des conditions très encadrées.
Une méta-analyse portant sur l’entraînement des fonctions exécutives des enfants (mémoire de travail, inhibition, flexibilité) apporte un contrepoint. Elle trouve un effet net sur la composante entraînée (g = 0,44 sur 43 comparaisons), mais pas de preuve convaincante que l’entraînement d’une composante améliore les autres (g = 0,11, non significatif). Les auteurs doutent de l’intérêt pratique d’entraîner une seule compétence isolée (Kassai et al., 2019).
Chez les plus de 60 ans, une méta-analyse de 49 articles (61 échantillons) conclut que l’entraînement des fonctions exécutives et de la mémoire de travail améliore la tâche entraînée et les tâches proches, avec des effets plus faibles sur les tâches éloignées (Karbach et Verhaeghen, 2014).
Enfin, une grande revue critique des programmes de « brain training » constate des preuves abondantes d’amélioration sur les tâches entraînées, moins sur les tâches proches et peu sur les tâches éloignées ou la vie quotidienne. Elle souligne aussi que beaucoup d’études ont des défauts de conception (Simons et al., 2016). Pour apprendre à lire ce type d’allégation, retenez qu’une promesse de gain général doit s’appuyer sur des études contrôlées.
Quelles sont les limites des preuves sur la flexibilité cognitive ?
Les preuves ont trois limites : les effets mesurés restent surtout proches de la tâche pratiquée, les études portent sur des protocoles de laboratoire plutôt que sur des jeux du quotidien, et aucune ne démontre un gain de QI ou de réussite durable.
Les jeux proposés plus bas s’inspirent des tâches utilisées par les chercheurs (changer de règle, alterner des catégories, adopter un autre point de vue), mais aucune de ces activités précises n’a été testée comme telle dans les études citées. Ce sont des suggestions pratiques, pas des protocoles validés.
Ce que l’on peut raisonnablement retenir : pratiquer des activités qui obligent à changer de règle est peu coûteux, souvent agréable et cohérent avec la recherche sur les fonctions exécutives, qui rappelle aussi l’importance du sommeil, de l’exercice et des liens sociaux (Diamond, 2013). L’idée générale de s’entretenir mentalement rejoint celle de neuroplasticité, sans en promettre plus que les preuves ne le permettent.
Quels jeux et exercices pour travailler la flexibilité cognitive ?
Voici 8 jeux et exercices pour travailler la flexibilité cognitive, classés du plus simple au plus exigeant : le principe commun est de changer de règle, de catégorie ou de point de vue en cours de route. Quelques minutes suffisent, plusieurs fois par semaine, sans enjeu de performance.
Pour les enfants de 3 à 8 ans
1. Le tri à règle changeante. Avec des cartes, des pièces ou des jouets de couleurs et formes variées, demandez de trier par couleur, puis annoncez « on change : par forme ». Cette consigne ressemble à l’épreuve de tri décrite par l’Inserm. Avant 4 ans, attendez-vous à ce que votre enfant s’accroche à la première règle, et c’est normal.
2. Le jeu des ordres inversés. Reprenez des jeux pour apprendre à se retenir et inversez la règle en cours de partie : « maintenant, quand je dis debout, tu t’assois ». Le plaisir de se tromper ensemble compte autant que le résultat.
3. Les catégories qui alternent. À tour de rôle, citez un animal, puis un fruit, puis un animal, puis un fruit, sans répéter. Pour compliquer, ajoutez une troisième catégorie ou accélérez le rythme.
Pour les 8 ans et plus, y compris adultes
4. La suite chiffres-lettres. Écrivez en alternance 1-A-2-B-3-C jusqu’à 13-M, ou dites-les à voix haute. Alterner deux suites demande de garder deux règles en tête et de passer de l’une à l’autre. Chronométrez-vous sans pression, pour constater vos propres progrès.
5. Le puzzle à plusieurs solutions. Avec un tangram, cherchez deux façons différentes de former la même figure, ou transformez un chat en bateau en ne déplaçant qu’une pièce. Quand la première idée bloque, il faut la lâcher.
6. Le jeu de stratégie avec une règle qui change. Un jeu de dames, d’échecs ou un jeu de logique devient plus souple si l’on modifie la règle en cours de route (les rôles s’inversent, une pièce change de valeur). Jouer contre quelqu’un qui change de stratégie oblige aussi à s’adapter.
7. Les dix usages d’un objet. Choisissez un objet simple (une cuillère, une boîte en carton) et trouvez le plus d’usages possibles, en changeant à chaque fois de catégorie (cuisine, jardin, musique, jeu). C’est un exercice de pensée « hors du cadre », au sens de Diamond.
8. L’avocat du camp d’en face. Une fois par semaine, en famille ou entre amis, défendez sincèrement l’opinion opposée à la vôtre sur un sujet léger (chat ou chien, mer ou montagne) pendant deux minutes. Les ados et les adultes y trouvent un entraînement à changer de perspective, sans se renier.
Un conseil pour les seniors : choisissez les activités qui vous plaisent et gardez un rythme régulier.
Comment intégrer ces exercices dans la semaine ?
Pour intégrer ces exercices, choisissez un seul jeu par semaine, pratiquez-le 5 à 10 minutes, deux ou trois fois, puis changez : la variété fait partie de l’entraînement. Voici une trame simple à adapter.
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Semaine 1 : le tri à règle changeante (enfants) ou la suite chiffres-lettres (ados, adultes).
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Semaine 2 : les catégories qui alternent, à table ou en voiture.
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Semaine 3 : les dix usages d’un objet.
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Semaine 4 : une partie de stratégie dont vous changez une règle.
Complétez avec les bases décrites par Diamond (2013) : dormir assez, bouger et garder des liens sociaux soutiennent les fonctions exécutives. Pour les 9–12 ans, d’autres activités pour muscler le cerveau d’un enfant de 9 à 12 ans peuvent prolonger la trame.
Chiffres clés
- Une étude allemande a suivi trois groupes (8–10 ans, 18–26 ans et 62–76 ans) qui s’entraînaient à alterner entre deux tâches.Karbach et al., Developmental Science, 2009
- Elle trouve un effet net sur la composante entraînée (g = 0,44 sur 43 comparaisons), mais pas de preuve convaincante que l’entraînement d’une composante améliore les autres (g = 0,11, non significatif).Kassai et al., Psychological Bulletin, 2019
- Chez les plus de 60 ans, une méta-analyse de 49 articles (61 échantillons) conclut que l’entraînement des fonctions exécutives et de la mémoire de travail améliore la tâche entraînée et les tâches proches, avec des effets plus faibles sur les tâches éloignées (Karbach et Verhaeghen, 2014).Karbach et al., Psychological Science, 2014
- Elle souligne aussi que beaucoup d’études ont des défauts de conception (Simons et al., 2016).Simons et al., Psychological Science in the Public Interest, 2016
FAQ
Quelle est la relation entre les fonctions cognitives et exécutives ?
Les fonctions exécutives sont un sous-ensemble des fonctions cognitives, qui pilotent et coordonnent les autres (attention, mémoire, langage). L’Inserm les décrit comme le « chef d’orchestre » qui régule intentionnellement la pensée et l’action, avec trois fonctions classiques : inhibition, mémoire de travail et flexibilité.
Qu’est-ce que la flexibilité psychologique ?
La flexibilité psychologique désigne un ensemble d’aptitudes : reconnaître les exigences d’une situation et s’y adapter, changer d’état d’esprit ou de comportement, rester ouvert et fidèle à ses valeurs (Kashdan et Rottenberg, 2010). Elle déborde donc la seule façon de penser, et touche aussi aux émotions.
Flexibilité cognitive et flexibilité mentale : est-ce pareil ?
Dans l’usage courant, oui : les deux expressions désignent la capacité à changer de façon de penser selon la situation. « Flexibilité cognitive » est le terme le plus utilisé dans la littérature scientifique.
À quel âge la flexibilité cognitive se développe-t-elle ?
Elle se développe fortement à l’âge préscolaire (vers 3–5 ans les enfants apprennent à changer de règle) puis mûrit jusqu’à l’adolescence, d’après le dossier de l’Inserm. Chaque enfant avance à son rythme.
Les applications de « brain training » améliorent-elles la flexibilité cognitive ?
Rien ne démontre aujourd’hui qu’elles améliorent la flexibilité cognitive au-delà du jeu pratiqué : elles progressent surtout sur les tâches entraînées, et les preuves de bénéfices sur la vie quotidienne restent faibles (Simons et al., 2016). Mieux vaut les voir comme des jeux que comme des traitements.
Sources
- ipubli.inserm.fr
- medecinesciences.org
- Diamond (2013), Executive Functions
- Dajani & Uddin (2015), Demystifying cognitive flexibility: Implications for clinical and developmental neuroscience
- Miyake et al. (2000), The Unity and Diversity of Executive Functions and Their Contributions to Complex “Frontal Lobe” Tasks: A Latent Variable Analysis
- Karbach & Kray (2009), How useful is executive control training? Age differences in near and far transfer of task‐switching training
- Kassai et al. (2019), A meta-analysis of the experimental evidence on the near- and far-transfer effects among children’s executive function skills.
- Karbach & Verhaeghen (2014), Making Working Memory Work: A Meta-Analysis of Executive-Control and Working Memory Training in Older Adults
- Simons et al. (2016), Do “Brain-Training” Programs Work?
- Kashdan & Rottenberg (2010), Psychological flexibility as a fundamental aspect of health
